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Une escale en Baie d'Along |
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Les sampans s’agglutinèrent le long de la haute carcasse grise du croiseur TOURVILLE et se balançaient mollement au gré de la houle en se heurtant à chaque mouvement de la mer, émettant un bruit continu de bois qui se choque et de crissement d’avirons dans leur tolet de cordage. Les matelots du bord blasés de ces haltes au mouillage, ne prêtaient pas attention à ce remue-ménage. Moi, je n’en perdais pas une miette. Depuis des siècles ces habitants de la mer vivent en quasi permanence sur leurs sampans et jadis, faisaient de ce labyrinthe de rochers une forteresse naturelle où ils pouvaient se protéger des éventuels pirates chinois qui pillaient les côtes de la mer de Chine. Pour l’heure, une coupée fut amenée le long du bord par laquelle je vis monter un étrange personnage débarqué d’un des sampans. Un petit homme d’une cinquantaine d’années, la peau tannée par le soleil, vêtu d’un short sans couleur bien définie, d’une chemise blanche bien propre, des claquettes aux pieds et coiffé d’une casquette crasseuse de second maître . Il fut accueilli par le maître commis aux vivres avec qui il eut une longue conversation agrémentée de forces gestes. J’appris le fin mot de cette visite par un matelot du bord. Il m’expliqua que l’homme était le chef ou le représentant des sampaniers dont la fameuse casquette, qu’il portait fièrement comme un amiral venant de recevoir ses étoiles, représentait sa fonction. Il venait à bord de chaque bateau mouillant dans cette rade pour marchander des échanges de poisson, ou du corail contre des produits de vie courante comme le savon, du tabac, du riz, des légumes qu’ils ne pouvaient acheter sans être obligé de naviguer jusqu’à Hongaï, la ville la plus proche distance de plusieurs nautiques. En revenant quelques mois plus tard sur ce même mouillage avec mon LCT, le chef avait changé, détrôné par un petit malin qui lui, portait une casquette d’enseigne de vaisseau dont les galons brillaient au soleil ! ! ! Didier VIDAL |
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ONG COP , Monsieur Tigre |
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Nous traversions avec mon LCT, le dédale d’îlots rocheux de la Baie d’Along pour aller ravitailler des postes militaires Port Wallut, Hong Hai, Pointe Pagode, Moncay, à la frontière chinoise et Apowan, au sud de l’île de la Cat Bâ qui étaient à cette époque de véritables petits paradis. Port Wallut surtout, niché au fond d’une espèce de fjord bordé de rochers couverts d’une végétation très dense. Le village, situé au-delà du poste militaire, était encore entouré d’une palissade de hauts pieux de bambou pour se protéger de l’incursion de Ong cop, Monsieur Tigre. Après le village, c’était la forêt vierge, remplie des cris d’oiseaux et d’animaux, une cacophonie de toute sorte, où nous allions nous plonger pour quelques heures et nous prendre pour des chasseurs de fauves.. Mais de tigre, point. Nous n’en vîmes même pas la queue, seulement les traces sous le couvert de la forêt profonde. Ong cop est un malin ! Un vieux paysan du village, ancien tirailleur annamite et parlant un français légèrement écorché, me raconta un jour son aventure avec “ong cop” le tigre. Une nuit, la porte de bambou du village ayant été mal fermée, le fauve pénétra dans l’enceinte et se promena à travers les ruelles, cherchant une proie. Les paillotes restaient, elles aussi, souvent ouvertes surtout en été. Notre tigre attiré par l’odeur d’une petite chèvre qui dormait sous le bas-flanc de notre paysan, vint tout simplement pousser la porte de bambou, fragile rempart, et d’un coup de patte délogea l’animal pour l’emporter, sous le regard effrayé de son propriétaire couché juste au dessus, réveillé par les grognements du tigre et les bêlements de sa victime. Ong cop retourna dans sa forêt, tranquillement comme il était venu, manger son repas. Parfois aussi le soir, nous allions nous dévergonder dans un lieu de perdition, la paillote du Bac Cuan. Le bac Cuan est aux vietnamiens ce que la roulette est aux européens, un jeu de hasard qu’ils fréquentent assidûment car l’asiatique est très joueur. A Port Wallut, le tripot se situait dans une grande paillote, assez haute pour recevoir une petite mezzanine surplombant la table des jeux, d’où les joueurs en surnombre ne pouvant accéder autour de la table, descendaient leur mise dans un petit panier suspendu à une cordelette. Ce lieu pittoresque, mal éclairé, sentant la sueur, enfumé et bruyant, où je jouais quelques piastres de temps en temps, avait pour moi la saveur du meilleur film d’aventure. Didier Vidal. Extrait de « Mémoires d’Indochine. 1947 »
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4. DECORTE Le 23/11/2009 à 15:25
3. Didier Le 03/06/2009 à 10:21
2. michel Le 27/05/2009 à 11:16
1. michel Le 27/05/2009 à 11:16
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